
L'entrée en vigueur de la loi
organique n° 2011-15 du 08 juillet 2011 relative aux lois de finances, adoptée
dans le cadre de la transposition des directives du cadre harmonisé des finances
publiques au sein de l'UEMOA de 2009, entraine pour le Sénégal, à l'instar des
autres pays membres de l'Union, une réforme en profondeur de son dispositif
budgétaire. En effet, le budget de l'Etat, jusqu'alors construit selon une
logique de moyens, change ainsi de paradigme et s'adosse désormais sur une
logique de gestion axée sur les résultats (GAR).
En conséquence, le budget dit
de moyens laisse place au budget dit de programme, construit à partir des
politiques publiques, décomposées en programmes. A ces programmes sont associés
des objectifs précis, arrêtés en fonction de finalité d'intérêt général et des
résultats attendus. L'atteinte de ces résultats est mesurée par des indicateurs
de performance (cf. article 12 de la LOLF).
Le
budget programme constitue en soi une nouveauté, tant du point de vue
conceptuel qu'en terme de présentation, de contenu et de finalité.
1-Fondements juridiques du budget
programme
La volonté de renforcer l'efficacité des politiques
budgétaires nationales, a conduit les huit (08) états membres de l'UEMOA
(Burkina Faso, Bénin, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et
Togo) à adopter, en mars et juin 2009, six (06) nouvelles directives qui
forment le nouveau cadre communautaire harmonisé de gestion des finances
publiques. Celui-ci modifie en profondeur les systèmes, budgétaire, comptable
et de reporting des finances publiques.
Les directives sont au nombre de six (06) et concernent :
- la directive
n°01/2009/CM/UEMOA portant code de transparence dans la gestion des finances
publiques ;
- la directive
n°06/2009/CM/UEMOA portant loi organique relative aux lois de finances ;
- la directive
n°07/2009/CM/UEMOA portant règlement général sur la comptabilité publique ;
- la directive
n°08/2009/CM/UEMOA portant nomenclature budgétaire de l'Etat;
- la directive
n°09/2009/CM/UEMOA portant plan comptable de l'Etat
- la directive
n°10/2009/CM/UEMOA portant tableau des opérations financières de l'Etat.
Ces six directives ont été complétés par
deux autres durant l'année 2012, il s'agit de la directive n 03/2012/ CM/UEMOA du
29 juin 2012 portant comptabilité des matières et la directive n° 01/2011 / CM/UEMOA
du 24 juin 2011 relative au Régime financier des Collectivités territoriales.
2. Les innovations budgétaires
Le budget programme a introduit plusieurs
innovations ayant trait à la régulation budgétaire, à la rénovation du contrôle
budgétaire et à d'autres principes et notions, qu'il convient de noter
ci-dessous :
- Le principe de sincérité
budgétaire ;
- Les notions de
« programme » et « dotation » ;
- Le Débat d'orientation
budgétaire sur la base du document de programmation pluriannuelle des dépenses (document
de cadrage) ;
- La pluri annualité et
les documents de cadrage et de programmation (document de programmation
budgétaire et économique pluriannuelle et document de programmation
pluriannuelle des dépenses (document de cadrage) ;
- Le dispositif de
performance (Projet annuel de performance et Rapport annuel de performance) ;
- Le responsable de
programme, comme acteur majeur ;
- La budgétisation et la
gestion des crédits en Autorisation d'engagement et crédits de paiement ;
- La fongibilité
asymétrique des crédits budgétaires ;
- La déconcentration du
pouvoir d'ordonnateur principal des dépenses ;
- La régulation budgétaire
;
- La rénovation du
contrôle budgétaire ;
- Le développement du
contrôle interne et du contrôle de gestion ;
- Le renforcement du rôle
du Parlement et de la Cour des Comptes.
Autres innovations, l'article 30 de la
directive n° 06 /2009/CM /UEMOA introduit le nouveau principe de sincérité budgétaire,
qui se définit comme l'obligation de présenter des comptes publics reflétant
une image sincère et fidèle de la situation et des perspectives économiques et
patrimoniales nationales, au regard des informations dont dispose le
Gouvernement au moment de leur élaboration.
Aussi, le projet de loi de finances de
l'année est élaboré par référence à une programmation
pluriannuelle à travers le document de programmation budgétaire et
économique pluriannuelle (DPBEP) et les documents ministériels de programmation
pluriannuelle des dépenses (DPPD).
Le DPBEP (article 52, directive n 06/ 2009
couvre une période minimale de trois ans, propose une vision globale et
synthétique de l'évolution à moyen terme des grandes composantes du budget et
constitue le support du débat
d'orientation budgétaire (DOB).
Les DPPD (article 53 directive n° 06/2009 cohérents
avec le DPBEP, prévoient, sur trois ans, l'évolution des crédits et des
résultats attendus sur chaque programme, en fonction des objectifs poursuivis.
S'agissant de la notion de programme, il
convient de retenir qu'en sus de l'article 12
de la directive n° 06/2009, le
programme « regroupe les crédits destinés à mettre en Å“uvre une action, ou
un ensemble cohérent d'actions, représentatif d'une politique publique
clairement définie, dans une perspective de moyen terme ».
Les dotations
renvoient aux crédits non répartis en programmes, comme par exemple les crédits
des institutions constitutionnelles, lorsqu'ils sont directement destinés à
l'exercice de leurs missions constitutionnelles.
Le budget programme introduit un nouvel acteur : le responsable de programme (article 13 de la directive n
06/2009 qui
assure le pilotage des programmes, c'est-à -dire la gestion des crédits
budgétaires destinés à la mise en Å“uvre de la politique publique. Il est
proposé par le ministre de tutelle et nommé par décret.
Enfin, il faut savoir que les crédits
ouverts par la loi de finances sont constitués de crédits de paiement, pour les dépenses de personnel, les
acquisitions de biens et services et les dépenses de transfert, et d'autorisations d'engagement et de crédits
de paiement pour les dépenses d'investissement et les contrats de
partenariats publics privés (article 17 directive n 06/2009).